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Les ravages de l’alcool sur le cerveau
Une étude publiée mardi par l’Inserm, le CEA et les hôpitaux parisiens de l’AP-HP,
dont les résultats sont détaillés dans la revue Neuropsychopharmacology, a mis en
évidence les dangers de l’alcool sur le cerveau.
Des chercheurs de l’Inserm (1), du CEA (2), et de l’AP-HP (3) viennent de montrer, in vivo, que l’alcool chez des personnes dépendantes altère de manière localisée la matière grise (cellules nerveuses) et, de manière diffuse, la matière blanche (l’ensemble des connections entre les régions du cerveau).
Les chercheurs mettent notamment en évidence que la consommation d’alcool à un âge précoce entraîne une diminution de la matière grise dans plusieurs zones cérébrales.
Ce résultat, issu d’une expérience réalisée sur une trentaine de personnes, conforte
des données obtenues à ce jour par des études post-mortem.
L’étude (4), réalisée de 2003 à 2006, sur 31 hommes, âgés de 30 à 50 ans, dépendants
à l’alcool, – consommant en moyenne l’équivalent de 2 litres de vin par jour -, et
socialement bien insérés (5), a permis aux chercheurs du CEA, de l’Inserm et de APHP
de confirmer des résultats obtenus jusqu’alors de manière éparse. En effet, par
l’intermédiaire de l’imagerie médicale, ces chercheurs ont remarqué que les sujets
alcoolodépendants manifestent des modifications anatomiques du cerveau.
Plus précisément, ils ont constaté une diminution de la matière grise dans plusieurs
régions cérébrales allant jusqu’à 20% dans les régions frontales. De plus, ces
chercheurs ont montré que la matière blanche était altérée chez ces sujets dans son
ensemble, avec une diminution majeure de 10% dans le corps calleux (région reliant les hémisphères entre eux).
Par ailleurs, cette étude a permis de révéler que l’âge du premier contact avec l’alcool était déterminant : plus l’alcool est consommé à un âge précoce, moins la matière grise est présente dans certaines régions cérébrales connues pour ne finir leur maturation qu’en fin d’adolescence.
La prise d’alcool à l’adolescence a donc un impact décisif sur le développement de ces
régions. Ces résultats soulignent l’intérêt de la prévention et des recherches chez les
jeunes à risque de toxicomanies en général.
Les chercheurs se sont également intéressés aux déficits cognitifs chez ces sujets.
Sous-tendues par les régions frontales du cerveau, les fonctions cognitives type
planification de tâche et résolution de problèmes sont altérées chez ces sujets. Ces
travaux montrent aussi que les altérations cognitives étaient fortement reliées à des
modifications de forme (morphométriques) de régions profondes du cerveau. Les
recherches continuent sur l’exploration fine des modifications de l’ultrastructure du
cerveau (IRM de diffusion) ainsi que sur leur impact sur le fonctionnement cognitif des
sujets alcoolodépendants.
Références :
1. Unité Inserm-CEA 797, recherche en neuro-imagerie et psychiatrie
2. Service hospitalier Frédéric Joliot Curie (SHFJ) à Orsay
3. Hôpitaux Paul Brousse à Villejuif et Emile Roux à Limeil-Brevannes
4. L’étude a été soutenue par la MILDT (mission interministérielle de lutte contre le
développement des toxicomanies), l’Inserm et le CEA.




